Festival Arabofolies : retour sur la journée internationale des droits des femmes à l’IMA

     Le mois de mars a été incroyablement riche pour moi cette année. Il a commencé par la célébration du 8 mars à l’IMA (Institut du Monde Arabe) dans le cadre des Arabofolies, un festival musical, des arts et des idées qui se tenait du 1er au 10 mars.

Cette journée internationale des droits des femmes a été l’occasion de m’informer et de questionner la réalité et la condition féminine dans les pays arabes, d’écouter les expériences et les points de vues de femmes de tous horizons, et d’inscrire tout cela dans mon cheminement et mes propres réflexions de femme racisée.

Parmi les invitées, il y avait Lisa Bouteldja, que j’ai connu sur Instagram grâce à son compte incroyablement militant, absurde et azimuté – dans le bon sens du terme. Autoproclamée beurettocrate militante, elle en dit : « La beurettocratie, c’est pour celles et ceux qui ont décidé de prendre le pouvoir qui leur revient de droit. C’est pour ceux qui ne veulent pas courber l’échine. C’est un état d’esprit, une alliance invisible de minorités visibles qui veulent devenir quelqu’un pour exister. » Son profil est aussi beau, qu’intelligent et drôle. Outre les superbes clichés mode, on revient surtout pour les légendes savoureux et mythiques de ses posts : « Berbery shawty », « Mes spaghettis sont cuits dans les larmes de mes ex avec du har », « Je shine bright like a jante bien lustrée »  ou encore « C’est avec émotion et tendresse que je vous annonce la venue au monde de Kalashisha Junior – 500 grammes et 15 centimètres de bonheur double pomme « . Elle faisait une performance de 30 minutes, que j’ai loupée de peu, mais j’ai eu l’occasion de la croiser donc c’est déjà ça. Clique a fait une excellente interview d’elle l’année dernière si vous voulez en savoir plus sur elle.

Ce qui m’a le plus passionné je crois, ce sont les tables rondes de cette après-midi. La première, intitulée « Réinventer l’engagement féminin », réunissait trois personnalités internationales : la Libanaise Nay El Rahi, journaliste, chercheuse ou encore co-fondatrice de l’application HarassTracker, la palestinienne Yasmeen Mjalli, entrepreneure sociale, activiste et fondatrice de BabyFist, une marque de vêtements faits en Palestine, qui est aussi un mouvement pour l’empowerment des femmes, et la Libyenne Inas Miloud, conseillère sur le genre, activiste et co-fondatrice de l’association Tamazight Women Movement.

Il a été question des situations, combats et problèmes des femmes dans les pays arabes et dans le reste du monde, ainsi que des initiatives créatives et militantes à travers la diaspora. Elles ont également touché au mouvement « Me Too » qui occupe une grande place dans le début public dans le monde depuis octobre 2017. Sans oublier un mot sur la polémique franco-française autour du voile sportif créé et mis en vente par Decathlon. À ce propos, une phrase de Yasmeen Mjalli a particulièrement retenue mon attention alors qu’elle abordait la façon dont peut se manifester l’oppression à travers le monde : « How blind can we be to our own ignorance because we are so convinced that the Brown woman needs to be saved. I say look in the mirror » (à 9’56). Une phrase à la fois brutalement honnête et totalement applicable à d’autres aspects de la condition des femmes, notamment celles qui voilées et/ou racisées.

Je vous invite à les écouter, en anglais, sur le lien suivant (je n’avais pas prévu d’enregistrer donc c’est une qualité d’enregistrement à l’iphone) et à découvrir les photos que j’ai prises.

S’en est suivie une projection du web-documentaire « Womanhood, an Egyptian kaleidoscope – volume 2 », et une rencontre avec sa réalisatrice, Florie Bavard, et Shahinaz Abdel Salam, cyber-activiste, fondatrice du blog « Wa7damasrya, Egyptian and everywoman » et auteure de Égypte, les débuts de la liberté.

Dans ce documentaire filmé en 2015, la réalisatrice donne la parole à quinze Égyptiennes pour qu’elles abordent leur condition de femmes, mais aussi les sujets qui les touchent au quotidien et les luttes qu’elles mènent dans leur pays. L’idée repose sur le vocabulaire que chacune attribue au fait d’être femme et comment ces mots permettent de renseigner et d’interroger leur place dans leur société. Cela permet de déconstruire les stéréotypes mais aussi de (re)découvrir le rôle historique des femmes dans les nombreuses révolutions qui ont touchées le pays.

La dernière table ronde, animée par Yasmine Youssi (rédactrice en chef culture à Télérama), avait elle pour intitulé « L’art aussi est féminin ». Pour en parler l’Institut du monde arabe a invité l’illustratrice et militante Zainab Fasiki, qui est aussi fondatrice de la plateforme éducative Hshouma (Maroc). À ses côtés, il y avait Bochra Triki, la fondatrice de l’association Chouf et co-organisatrice du festival Chouftouhonna (Tunisie), ainsi la slameuse et écrivaine Zoulikha Tahar, connue sous son nom de scène « Toute fine » (Algérie). Cette dernière a d’ailleurs offert une performance superbe à la suite de cette discussion. Les sujets abordés étaient vastes, c’est pourquoi je vous invite à les écouter directement.

     Les initiatives pour fêter la journée internationale des droits des femmes ce 8 mars 2019 étaient nombreuses. Le collectif afroféministe Mwasi organisait à La Générale une journée intitulée « Déjouer le silence », prolongée jusqu’au 9, avec une programmation très intéressante, comprenant exposition, ateliers, discussions et spectacle de marionnettes pour les enfants. Cet événement comprenait également une lecture performative de Pour les filles noires qui ont pensé au suicide quand leur arc-en-ciel flamboyait ( For Colored Girls Who Have Considered Suicide When the Rainbow Is Enuf ), le chorepoem de Ntozake Shange, dramaturge et poétesse morte en octobre dernier. Chez Lallab, les deux fondatrices, Sarah Zouak et Justine Devillaine participaient à un une table ronde sur la « place des femmes face au défi du dialogues des cultures » organisé par l’Institut français de civilisation musulmane (IFCM) à Lyon, suivi d’une projection de leur documentaire « Women SenseTour in Muslim Countries ».

Ce 8 mars 2019, placé sous le signe de la solidarité et de la sororité, a ainsi été une effervescence d’idées, d’initiatives et de voix qui sont extrêmement importantes et inspirantes. Merci à toutes ces femmes qui travaillent et réfléchissent à faire avancer et à libérer toutes les femmes, dans le respect et l’empowerment des voix, des expériences, des méthodes et du contexte de chacune.

 

 

Illustration en couverture : Zainab Fasiki

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