Meltem de Basile Doganis : un vent de malaises sur l’île de Lesbos

Meltem de Basile Doganis, qui sort en salle ce mercredi 13 mars, réunit Elena (Daphné Patakia), et ses amis Nassim (Rabah Naït Oufella) et Sekou (Lamine Cissokho) sur l’île de Lesbos, peu de temps après le décès de la mère de la jeune femme.

Bande-annonce MELTEM from jour2fete on Vimeo.

Si le thème du deuil entoure le film, c’est l’amitié qui en est au cœur. Celle qui unit ces trois amis, mais aussi celle qu’ils vont lier avec Elyas (Karam Al Kafri), un jeune réfugié syrien qu’ils rencontrent en déambulant sur l’île, et Edward (Féodor Atkine)

Cette rencontre marque un tournant dans le film dans la mesure où il permet au réalisateur de donner tout son sens à son héroïne et à son film. Ce titre qui sonnera obscure à certains donne son nom à un élément, un vent estival qui souffle sur la mer Égée. Il renvoie aussi, entre autres, à prénom féminin turc.

Pour Elena, c’est son matronyme. Ce qui est en jeu pour elle dans ce mot, c’est son identité, sa mère et l’histoire de sa famille. Cela permet à Basile Doganis de tisser un lien entre l’époque actuelle où vit la jeune femme et un temps plus ancien, celui de ses ancêtres, eux-mêmes migrants, portés par ce vent de la Turquie à la Grèce. Son nom de famille est aussi synonyme de souffrances immenses, la perte de sa mère et la culpabilité de ne pas avoir travaillé à sa relation avec elle, et de quête identitaire. Ce retour forcé en Grèce est l’occasion pour Elena de se reconnecter à sa mère et à ses origines, sans possibilité de fuir ses responsabilités et sa douleur.

Cette polysémie du titre et l’histoire de l’héroïne apportent une lumière différente à la situation des migrants et réfugiés qui arrivent sur l’île pour le spectateur, mais aussi pour les protagonistes.

Elles permettent aussi de replacer l’humanité au cœur des préoccupations, là où les individus ne sont plus que des chiffres dans les statistiques régulières de l’immigration dite illégale.C’est en cela que le film a un propos intéressant.

Meltem
Crédits : eLzéviR FiLms & JouR2Fête

Cependant, Basile Doganis, avec ce premier long-métrage de fiction, n’a pas manqué les raccourcis et clichés les plus faciles et râbachés. À commencer par le choix de placer deux personnages d’origines africaines, un Maghrébin et un noir, au cœur d’un récit sur l’immigration. C’est une première facilité criante, mais en faire des caricatures de banlieusards, c’est pour le moins problématique.

Le réalisateur ne leur accorde que peu de dialogues, et dans une langue bien limitée. Le film rappelle d’ailleurs vaguement Le Ciel, les Oiseaux et… ta mère ! de Djamel Bensalah, mais la comparaison s’arrête là. Pire, leur conscience du monde qui les entoure est assez limitée, pour ne pas dire inexistante. Ces éléments en font des personnages insipides, qui ont peu d’estime d’eux-mêmes, et servent de faire-valoir idéals pour l’héroïne.

Cela aurait sans doute pu passer si la dynamique entre les trois amis n’était pas, elle aussi, problématique. Cette relation triangulaire des plus classiques, a à son centre Elena, qui concentre l’attention et mène les deux autres par le bout du nez. Nassim et Sekou sont des personnages très stéréotypés, des followers, dont les envies et la volonté semblent tout entier fondues dans celles de leur amie : l’un est l’amoureux transi qui a dû mal à vocaliser ses intentions et sentiments, l’autre, est le sidekick sympa et drôle à l’occasion, mais à qui personne ne fait vraiment attention.

Outre le fait qu’ils sont des caricatures de banlieusards,  les deux jeunes hommes sont régulièrement rappelés à leurs origines étrangères, comme avec la scène de la carte d’identité. Elyas, lui, en revanche avec son bon français, ou encore ses talents de violoniste, déjoue des stéréotypes prévisibles sur l’immigration syrienne.

Meltem ne fait pas non plus l’économie de bons sentiments, mené par une héroïne qui a un complexe du sauveur et une inconséquence déconcertante.

Ces faiblesses de scénario rendent le film bien bancal et contribuent à donner au récit son aspect décousu. Si les intentions étaient sans doute bonnes au départ, et le jeu des acteurs, louable, le produit fini, lui, est un bric-à-brac décevant qui ne bougera aucune ligne à l’endroit de l’immigration.

 

 

 

Crédits photos: eLzéviR FiLms & JouR2Fête

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