Océanie : une première exposition d’envergure sur le continent au musée du quai Branly

Le musée du quai Branly – Jacques Chirac inaugure aujourd’hui, et ce jusqu’au 7 juillet, la première exposition en France consacrée à l’Océanie.

Si l’on connaît très bien l’Australie et la Nouvelle-Zélande, qui composent 70% du continent, l’ensemble des 25 000 îles qui forment l’Océanie sont, elles, beaucoup moins connus du grand public.

Cette exposition, à l’initiative de la Royal Academy of Arts de Londres, avec le concours du musée du quai Branly, et du musée d’Archéologie et d’Anthropologie de Cambridge, présente quelque 200 pièces, la plupart inédites, représentant les civilisations océaniennes.

Sur une période allant de l’Antiquité à nos jours, Océanie donne l’opportunité de découvrir en partie l’héritage historique, artistique et culturel des sociétés océaniennes, comme l’Australie, la Nouvelle-Zélande, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, Hawaï, les Îles Salomon, Samoa, Tonga, ou encore Guam.

L’eau est le fil conducteur de l’exposition. Que ce soit sur terre ou en mer, les influences et les similitudes entre ces différents archipels sont manifestes. L’empreinte du divin sur les arts et cultures pacifiques est, elle, progressivement dévoilée, à travers le travail de ressources naturelles telles que le bois, la terre, les fibres végétales, les coquillages, ou encore les plumes. Ainsi, les pirogues, les dessins, les masques, les coiffes, les tapisseries et autres objets rituels mis en avant, témoignent du raffinement de l’artisanat, mais aussi de la stratification de ces sociétés, et appuient l’importance et le rôle des coutumes.

Le parcours est également jonché d’installations modernes, comme Kiko Moana, une impressionnante oeuvre textile de onze mètres de long, créée en 2017 par un collectif d’artistes māories, Mata Aho. Son pendant, les Taniwha Tales, des témoignages recueillis par le collectif, ne sont malheureusement pas présentés au Quai Branly. Elle renvoie à l’océan et offre une réflexion sur l’origine et les cultures du peuple māori.

On notera également la présence de In Pursuit of Venus [Infected], de l’artiste néo-zélandaise d’origines māories Lisa Reihana, une animation vidéo panoramique qui illustre les représentations euro-centriques de l’Océanie, telles qu’elles existaient au début du XIXème siècle. Elle dévoile les 20 panneaux de l’oeuvre Les Sauvages de la mer Pacifique du peintre et dessinateur français Jean Gabriel Charvet pour en révéler les facettes les plus sombres. Ce papier peint, qui décrit les voyages de l’explorateur et cartographe britannique James Cook, est un exemple remarquable de l’exotisation des peuples et cultures océaniennes, et particulièrement des femmes. 64 minutes durant se suivent des scènes chargées de condescendance et d’objectivation des autochtones. Davantage, la présence même du mot “infected” dans le titre présage d’une critique virulante, en référence au génocide des peuples autochtones par les équipages de navigateurs européens, à travers la propagation de maladies infectueuses, dont certaines MST. C’est d’ailleurs dommage que la projection de l’oeuvre ne s’accompagne pas d’explications ou de clés de compréhension pour le public.

Océanie est une manifestation culturelle d’autant plus importante aujourd’hui qu’elle coïncide avec la commémoration prochaine de l’arrivée du Lieutenant, plus tard Capitaine, James Cook, et de son équipage, au port de Stingray Bay, qu’il renommera plus tard Botany Bay, à Sidney, Australie, il y a presque 250 ans. Si Cook a établi le contact et fait le pont entre l’Europe et les peuples aborigènes de la côte Est de l’Australie, de la Nouvelle-Calédonie ou encore des îles Sandwich, et a permis l’extension de l’Empire britannique, il est aussi responsable de la spoliation des terres et de la décimation des autochtones insulaires. Un héritage lourd qui a de graves ramifications, aujourd’hui encore, sur les First Nations, et qui en fait une figure controversée dans le Pacifique.

C’est d’ailleurs par des réflexions sur les défis auxquels doivent faire face les peuples océaniens que s’achèvent l’exposition. C’est donc tout naturellement qu’on y trouve Tell Them, un poème de Kathy Jetñil-Kijiner à sa fille, qu’elle a déclamé en 2014 à la Conférence sur le Climats des Nations Unies et qui avait fait grand bruit à l’époque.  Présenté ici dans une vidéo de 3’22, son texte est un appel à la prise de conscience sur les enjeux et les conséquences du réchauffement climatique, notamment sur les îles. L’auteure y aborde aussi son identité insulaire et les Îles Marshall, dont elle est originaire, et qui sont directement menacées de submersion. Le devoir de mémoire lui est au coeur d’oeuvres comme la fresque monumentale de John PuleKehe te hauaga foou (To all new arrivals, 2007), qui reprend des motifs du passé et des symboles autochtones, en mélangeant scènes de guerre et de destruction, avec des figures de divinités océaniennes.

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