Neasa Ní Chianáin et David Rane: A Kind of Magic ou comment faire la différence à l’école

A Kind of magic (School Life /In Loco Parentis, titre original, 2016) de Neasa Ní Chianáin et David Rane est un film documentaire qui suit une année durant un couple de professeurs, John et Amanda Leyden, et leurs élèves à l’internat de Headfort en Irlande.

En 45 ans de carrière à Headfort, Amanda et John sont devenus de véritables tenants de l’école. Ce qui les distinct d’autres professeurs est leur attachement, leur approche et leur rapport aux élèves, dont ils sont très proches. Certains sont même devenus des collègues, comme Olive, l’assistante de John en cours de musique.

If we don’t come here what are we going to do with our lives?

Ces paroles de John résonnent tout au long du film. À l’aube de leur retraite, le couple traverse l’année scolaire à se demander ce qu’ils vont devenir après leur départ de Headfort. Si les époux ont bien du mal à y trouver une réponse, c’est qu’ils sont très pris et épris par leur métier. Que leur grand âge ne vous trompe pas, ils mènent une vie très active et intense, bien ancrée dans le présent, entre l’école et leur cottage.

À les regarder, il semble aujourd’hui si loin l’époque où les enseignants exerçaient leur métier avec une passion aussi visible et aisée que ces deux-là. Ils ne sont pas seulement professeurs, ils accompagnent et guident ces jeunes. Le fait que Headfort est une école privée, et donc pas financée par l’état irlandais, doit y être pour quelque chose.

Outre leur vitalité et leurs caractères attachants, ce sont des pédagogues aguerris qui challengent et poussent leurs élèves à se dépasser. Amanda le fait à travers la littérature et le théâtre. Lorsqu’elle répète Hamlet, qui sera jouée en fin d’année, avec ses élèves, on voit la persévérance et la patience dont elle fait preuve avec eux et notamment avec Ted, un garçon dynamique et motivé mais dyslexique. Il jouera pourtant un rôle important dans la pièce, celui du fantôme.

Le même dévouement est visible chez John, dont l’âme, comme les méthodes, sont définitivement rock’n’roll. Dans son cours de musique, il repère et prend en charge dès le début d’année la jeune Eliza, très timide, qui ne participe pas et qui a très peu d’interaction avec ses camarades. Il la pousse avec encouragements et persévérance à trouver et à prendre sa place dans l’orchestre. Ils incitent les enfants à essayer des instruments, des chansons et les impliquent à la vie même de leur établissement.

L’enseignement est ainsi très clairement axé sur l’échange et sur une approche personnalisée à chaque individu. Tous deux ont une volonté d’émanciper ces pré-adolescents qui est admirable, surtout à une période si fragile et cruciale de leur développement.

Une observation immersive et bienveillante

Si A Kind of Magic entre dans la catégorie cinématographique du documentaire, il s’inscrit plutôt dans celui de l’observation en immersion.

Le film n’enquête pas sur l’internat et s’émancipe de nombreux codes du genre comme les entrées thématiques, la voix-off, ou le jeu des questions-réponses, pour laisser place à une narration basée et nourrie par les échanges réels du quotidien entre ces sujets.

Neasa Ní Chianáin et David Rane nous plongent dans l’univers de cet internat et s’appuient sur le statut d’Amanda et John, ainsi que sur la confiance qui leur est accordée par les élèves, pour mieux les approcher.

Davantage, les réalisateurs réussissent l’exploit d’une narration très fluide. Ces pré-ados sont filmés avec finesse et intelligence, sans jamais donner l’impression qu’ils sont un ressort narratif. On sent à l’image qu’ils ont effectué un immense travail relationnel avec ces jeunes pour gagner leur confiance et réussir à les filmer ainsi.

Ce rapport est tel que le spectateur assiste aux échanges et parties de jeu les plus secrets des enfants, sans jamais donner l’impression qu’ils ont conscience de la caméra ou qu’ils jouent pour celle-ci.

C’est le temps scolaire et les changements de saison et d’activités qui structurent et rythment la narration. C’est le cycle même de la vie et de l’enseignement qui est mis en avant dans l’observation de ce couple et des élèves.

Ce qui est également notable dans A Kind of Magic, c’est la place majeure accordée aux décors : à commencer par l’école, qui est un immense domaine avec une bâtisse centrale, entourée d’une végétation luxuriante, propice aux jeux et digne de Harry Potter ou de Downton Abbey. Headfort se transforme devant nos yeux, comme les élèves, au gré des changements météo. Cela donne lieu à des scènes naturalistes superbes montrant le passage du brouillard ou encore d’épisodes neigeux. Il y a aussi la maison du couple, à quelques minutes seulement de l’internat. C’est un cottage modeste à l’image de ses propriétaires, où le spectateur découvre une autre facette, plus intime, de John et Amanda, aux côtés de leurs chiens.

Ces décors atypiques nourrissent l’imagination et la narration, mais renseignent aussi sur les personnages, autant que sur l’approche pédagogique même qui y est pratiquée. Une pédagogie qui semble centrée sur la liberté, l’émancipation, et dans un certain sens la famille.

 

Dans A Kind of Magic, l’œil des réalisateurs, comme celui des professeurs, s’inscrit dans la bienveillance, sans jamais tomber dans le voyeurisme. Ce documentaire rend un bel hommage à John et Amanda et à leur amour de l’enseignement.

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