Fokus Books Juin 2018: Weegee aka Arthur Fellig vu par Max de Radiguès & Wauter Mannaert

Ce mois a été très calme pour mois côté lecture. J’ai entamé un livre sur Ken Loach, mais le seul auquel je suis venue à bout concerne le photographe Weegee, de son vrai nom Arthur Fellig. Weegee : Serial Photographer est une bande-dessinée croquée par Max de Radiguès et Wauter Mannaert, et sortie en 2016 aux Éditions Sarbacane.

Weegee, né au tournant du 19ème et du 20ème siècle, est un photojournaliste américain proéminent des années 30-40. Spécialiste de la photographie judiciaire, il a travaillé pour les plus importants titres de presse et les plus grands tabloïds. Il a documenté New York, ses habitants, ses faits-divers et ses gangsters avec un œil d’une étonnante noirceur et sensibilité. Son goût pour le crime et le sensationnel lui a permis de côtoyer les plus gros criminels du siècle, dont le baron de la prohibition, « Dutch » Schultz (1901- 1935) ; Jack « Legs » Diamond ou Gentleman Jack (1897- 1931), le bootlegger, basé à la fois à New York et Philadelphia, était un proche d’Arnold Rothstein (1882-1928) – un des hommes d’affaire les plus corrompus, et aussi fervent parieur, basé à New York ; ou encore le roi de la drogue, bootlegger et bookmaker, « Waxey » Gordon (1888-1952). C’est ainsi qu’il est devenu le photographe officiel du syndicat du crime Murder, Inc., dont les leaders comptaient les charismatiques Tammany et Lucky Luciano.

J’avais très envie de lire cette BD parce que Weegee a été le sujet de mon mémoire de master 2. Je l’ai découvert alors que je n’avais que 17 ou 18 ans et j’ai eu très envie de plonger dans son travail. Naked City, son premier livre, est une incursion dans le composite qu’est New York : il y capture la vie des indigents et des immigrés, ou encore la banalité du crime et de la haute-société de son temps. Sa sensibilité se traduit notamment par son goût pour la composition, qu’il s’agisse de clichés de morts criblés de balles, d’incidents domestiques, ou d’enfants entassés sur la plage de Coney Island. On retrouve d’ailleurs ce trait dans cette BD qui suggère par ailleurs qu’il a mis en scène nombres de ces photographies.

 

Weegee- Serial Photographer

Entièrement en noir & blanc, comme pour coller parfaitement à cette oiseau de nuit qui chassait ses sujets comme les criminels la mort ou la prison, cette bande-dessinée grand format offre un diptyque de 130 pages sur le photographe. Ainsi, la première, et plus grosse, partie reprend son travail à New York, où il a passé la plus importante partie de sa carrière. C’est là qu’il a pu se faire une réputation et  publier son Naked City, une ode sans équivoque à sa ville et à ses habitants. La deuxième partie, elle, est un avant-goût de sa conquête de Hollywood et du cinéma – Naked Hollywood.

La narration s’articule autour de clichés clés de la carrière de Weegee the Famous. Les auteurs retracent les événements qui ont emmené le photographe sur telle ou telle histoire, scène de crime, etc. Ce procédé leur permet d’ébaucher un portrait du photographe mais aussi de l’homme. Il manque cependant l’essence même d’Arthur et de Weegee en faisant abstraction de son histoire familiale – immigrée d’une région de l’actuelle Ukraine –, du contexte social dans lequel il a grandi et ce qui l’a mené à l’exercice de ce métier. Il a connu de longues années de vache maigre et a multiplié les piges jours et surtout la nuit pour vivre de son métier, et créer des relations particulières et des partenariats exclusifs avec le syndicat du crime.

Son travail est nourri de cela, de contrastes et d’un multiculturalisme inhérents, du Lower East Side, de ses habitants et plus particulièrement du Bowery, du bar Sammy’s Foolish Frolics – ou « Sammy’s Bowery Follies » dans le livre –, de son nain et de Norma Devine. C’est un photographe social dont l’approche familière et la relation obsessive avec sa ville en ont fait une figure importante de la presse du 20ème siècle, et c’est un aspect qui manque à cette BD.

Pour découvrir son travail, je vous invite à consulter l’importante collection de l’ICP (International Center of Photography) sur son oeuvre.

 

 

 

Crédit pour la couverture: ©2016, Éditions Sarbacane, Paris

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