Britannia: druides, frisson et fantastique assurés

Britannia s’annonçait épique et n’a pas failli. Cette série, ancrée en 43 avant J-C, confronte l’empire romain à des clans celtes du royaume de Britannia (ancien nom de la Grande-Bretagne). Créée par Jez Butterworth (Spectre, Get on up, Black Mass, Edge of tomorrow), Tom Butterworth (The Last Legion, Birthday Girl) et James Richardson (Bronson, Outlaw), la série est portée par un casting exceptionnel.

En effet, la série offre une place importante aux femmes, à l’image de Kerra, la téméraire fille du roi Cantii, jouée par Kelly Reilly (Les Poupées russes, True Detective). Elle a du sang romain par sa mère et cela fait d’elle une ennemie pour son propre père. L’autre femme extraordinaire de ce casting c’est Zoë Wanamaker (My Week with Marylin, Doctor Who, Mr. Selfridge) qui interprète la reine Antedia, cheffe du clan Regni. Elle est une souveraine impitoyable qui a une vengeance personnelle à assouvir et ne reculera devant rien pour l’atteindre. Il y a aussi la jeune Cait (Eleanor Worthington Cox, qui a reçu le prix Laurence Olivier pour son interprétation de Matilda Verdebois dans Matilda the Musical.), l’héroïne principale de la série. Cette adolescente, fille de paysans, va devoir affronter la mort subite des membres de sa famille et épouser un destin qui la dépasse.

Les hommes, eux, ne sont pas en reste, avec l’excellent David Morrissey dans un rôle des plus sombres et terrifiants, celui d’Aulius Plautius, le général de l’empire romain. C’est un homme sans foi ni loi qui est prêt à tout pour arriver à ses fins, qui ne servent pas seulement l’Empire. Un de ses adversaires les plus féroces est le roi Pellenor, chef des Cantii, qui est interprété par Ian McDiarmid, aka l’Empereur Palpatine de Star Wars. C’est un roi qui a une foi et un respect aveugles pour les Druides.

Divis/The Outcast, lui, est un personnage trouble dont les intentions ne sont pas claires ni figées. C’est un druide qui a été chassé de sa tribu car il a été possédé par le mal. Dans son errance, il va être arrêté par sa rencontre avec Cait, dont il va, malgré lui, s’occuper et former. Incarné à merveille par l’acteur danois Nikolaj Lie Kaas, il est un élément clé pour comprendre le récit.

Mais l’un des personnages masculins les plus intéressants est probablement Veran (Mackenzie Crook, vu dans The Office, Pirates des Caraïbes, ou encore Game of Thrones), que l’on peut considérer comme le chef des Druides. Les personnages font souvent référence à lui comme étant le Deuxième Homme. Son frère et lui ont été les premiers hommes créés par les dieux, ce qui leur confère une importance cruciale dans la mythologie celtique. La mystique qui l’entoure est toute entière et peut nous faire douter de ses intentions.

La place du fantastique

Côté scénario, il est question de rivalités de clans, de croyances religieuses, de trahisons et de lutte entre le bien et le mal. Par contre, attention si vous vous attendez à des exactitudes ou vérités historiques, ce n’est (toujours) pas le bon programme.

Si Jules César a préféré revenir sur ses pas, en 55 avant J-C., après avoir tenté de conquérir Britannia, Aulius Plautius ne connaît pas la défaite. Ce fin stratège n’est pas à sa première campagne et décide de prendre l’île, avec à ses côtés Vespasien (Fortunato Cerlino, connu pour son rôle dans Gomorrah, et plus récemment dans la série Hannibal), son fidèle lieutenant. Ils vont faire face à des tribus divisées : les Regni et les Cantii, devenues des ennemies depuis que Kerra a mutilé Gildas, anéantissant la descendance de la reine Antedia. C’est sur les conseils des druides qu’Antedia avait accepté cette union entre les deux familles et c’est tout naturellement qu’elle rejette leur supériorité après ce drame et se consacre pleinement à l’assouvissement de sa revanche sur les Cantii. Aulius est conscient de ces divisions et va s’en servir pour servir ses desseins.

Mais si Britannia est une série épique, le fantastique y occupe une place importante, notamment à travers les druides, qui sont les leaders spirituels du royaume. Ils guident les souverains et les clans suivent des rituels celtes dans leur vie quotidienne, comme la cérémonie du nom. C’est un rite de passage à l’âge adulte pour les jeunes filles et garçons en âge de procréer, durant laquelle ils s’attribuent un nom et revêtent des vêtements les distinguant de leur ancien statut d’enfant. C’est d’ailleurs lors de cette célébration que l’on découvre Cait et que sa vie prend un tournant tragique. C’est aussi le moment qui marque l’entrée des Romains sur le territoire.

L’arrivée de cet envahisseur perturbe l’équilibre et la « paix » du royaume, ce qui est une trame assez classique. Mais ce qui suscite l’envie dans ce récit c’est bien l’apport important du fantastique et les conflits déjà présents entre les clans. C’est une alternative intéressante à des séries d’envergure comme Game of thrones, tout en apportant son lot intéressant de sauvagerie, de rivalités et de surnaturel. On peut davantage s’identifier car il y a moins de personnages, de clans et d’arcs narratifs, et surtout car il n’y a pas de dragon ou autres créatures fantastiques. Les enjeux, ainsi que la part de fantastique sont à échelle humaine, ce qui permet de suivre la série de façon plus sereine.

La place du temps

En revanche, comme beaucoup de récit épique, le temps est long. Les actions sont étirées au maximum et semblent assez longs, dans les deux premiers épisodes notamment. Beaucoup de temps est passé sur l’établissement des dynamiques de clans, ainsi que sur le développement personnel de l’héroïne, Cait et ses errances. Sa difficulté à accepter la mort des siens et sa relation conflictuelle avec Divis compliquent l’accession à sa destinée. Ainsi, elle passe une bonne partie de la première saison dans un état plus contemplatif et dépressif, qu’actif.

Heureusement, des personnages très proactifs comme Lindon de Gaule (Stanley Weber) ou encore Amena (Annabel Scholey), la femme de Phelan (Julian Rhind-Tutt), l’héritier du trône des Cantii, compliquent la trame narrative. La jalousie d’Amena pour Kerra, sa soif de pouvoir et sa haine pour son premier époux la poussent aux pires actes de trahison pour accéder au pouvoir. Lindon, lui, malgré son mariage de convenance avec Amena pour renforcer l’alliance entre les Gaulois et les Cantii, n’est pas intéressé par le pouvoir, et fait tout pour maintenir la paix au sein de son nouveau clan. Et sa faiblesse pour Kerra ne fera qu’attiser la haine de son épouse pour celle-ci.

La primauté des femmes

Dans la bataille pour repousser ses forces étrangères, les femmes occupent une place importante dans le récit. Les femmes dépeintes dans Britannia sont des êtres stratèges et manipulateurs qui maîtrisent l’art de la guerre comme leurs compères masculins. Ce sont aussi des guerrières qui n’hésitent pas à prendre les armes pour défendre leurs causes.

Islene, la sœur de Cait, est la première guerrière que l’on rencontre. En effet, lorsque son village est attaqué par les Romains, elle n’hésite pas à prendre les armes et à protéger sa sœur coûte que coûte. Kerra, elle, est une archer de talent, comme on peut le constater dès le premier épisode. Elle révèlera également plus tard ses talents à l’épée et en combat à main nue.

La Reine Antedia, quant à elle, est une cheffe des armées dont l’autorité n’est pas à tester, comme elle le démontre lors du siège. Elle commande ses troupes sans effort et excelle dans la diplomatie. Mais elle n’est pas un personnage qu’il faut froisser ou doubler.

Mais l’anti-héroïne qu’est Amena est sans doute la plus redoutable. Impulsive, elle guidée par une haine qui fait d’elle une adversaire redoutable pour son propre clan mais aussi pour les Romains. Elle manipule, trahit et ne recule devant aucun danger pour se rapprocher du trône des Cantii. Elle est toujours en train de comploter et de surveiller les proches du pouvoir.

En dehors de leurs occupations, les personnages féminins de Britannia sont en pleine possession de leur corps et vivent pleinement leur sexualité. Elles savent ce qu’elles veulent et ne sont pas des pions sous le joug des hommes. Amena en est la meilleure représentation. Elle accuse Phelan de ne pas être un homme et l’humilie à chaque occasion, en affichant ses ébats avec Lindon ou en les comparant continuellement.

Il ne faut pas oublier les nombreuses femmes chez les druides. Elles entourent Veran, participent aux différents rituels et filtrent l’accès que les non-druides ont à leur leader. Il semble qu’il n’y ait pas de hiérarchie basée sur une quelconque primauté des sexes au sein de leur clan. Elles occupent un rôle majeur bien que le secret règne sur ce que font les druides sur leur partie du territoire. Au-delà des rituels, on les voit afficher et assouvir leurs désirs sexuels sans gênes.

Kerra, elle, malgré sa place dans la dynastie des Cantii, n’a pas de prétendants connus. Elle est bien plus intéressée par la protection des intérêts de son père et maintenir l’unité dans son camp. Aidée par son frère, dont elle est très proche, elle fait de son mieux pour aider le roi Pellenor.

 

Si le pitch de cette série épique (qui a déjà été renouvelée) vous a convaincu, vous pouvez bingewatcher les 9 épisodes de la première saison ce week-end au chaud.

 

 

Photos: Droits réservés / Sky Atlantic / Amazon Prime / Vertigo Films

 

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