Call me by your name: un regard sur la vulnérabilité

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We rip out so much of ourselves to be cured of things faster, that we go bankrupt by the age of thirty, and have less to offer each time we start with someone new. But to make yourself feel nothing so as not to feel anything: what a waste!! (…) Just remember our hearts and our bodies are only given to us only once, and before you know it, your heart is worn out. And as for your body, there comes a point where no one looks at it, much less wants to come near it. Right now, there’s sorrow, pain, don’t kill it, and with it the joy that you felt.

Cette réplique résume assez bien le propos de Call me by your name qui signe le retour de Luca Guadagnino derrière la caméra.

Deux ans après la sortie de A Bigger Splash, il nous livre une histoire sur le passage à l’âge adulte ou coming of age story. Son protagoniste principal est le jeune Elio Perlman –   Chalamet – âgé de 17 ans, dans l’Italie des années 1980. Fils unique, il a une relation quasi-fusionnelle avec ses parents, l’un franco-italien et l’autre américain, joués par Amira Casar et Michael Stuhlbarg. Cette famille aisée passe la plupart de leurs vacances dans la maison familiale en Lombardie.

L’été 1983, son père, qui est archéologue, accueille un étudiant d’une vingtaine d’année, prénommé OliverArmie Hammer – qui sera son assistant pour la saison. Très vite, cet invité prend une place à part entière dans la maison. Ses va-et-vient, ainsi que ses manières et sa part de mystère intriguent la famille, et plus particulièrement Elio, qui cherche à nouer un lien avec lui.

Le film, écrit par James Ivory, est basé sur le roman éponyme d’André Aciman, et s’installe comme le troisième volet d’une trilogie centrée sur le désir, entamée par Guadagnino avec Io sono l’amore (I am Love , 2009) et poursuivi dans A Bigger Splash (2015). Comme dans les deux autres films, la sensualité, le désir et une certaine latence du temps sont au cœur de l’œuvre.

Pourtant, ici, contrairement aux œuvres citées précédemment, Guadagnino, après avoir touché à l’amour mature, à l’infidélité, au coup de foudre et à l’amour triangulaire, s’attaque au premier amour. Mais ce n’est pas de n’importe quel premier amour qu’il s’agit. C’est un amour qui ravage les cœurs et les esprits, et surtout il concerne deux hommes. C’est la première fois que le réalisateur met au cœur d’un de ses films un couple homosexuel, après avoir exploré auparavant des dynamiques hétérosexuelles.

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Ainsi, le héros, tombe inéluctablement sous le charme d’un homme de plusieurs années son aîné. Mais s’il est consumé par un désir brûlant, il passe presque tout l’été sans savoir si ses sentiments sont partagés. Oliver, lui, est le portrait type du beau gosse, légèrement hautain et nourrit à la déférence. Il est difficile à décoder et porte une aura de mystère qui attire davantage l’adolescent. S’amorce alors un jeu singulier entre les deux hommes. Elio guette les moindres faits et gestes de son voisin de chambre, tandis que l’étudiant, lui, souffle le chaud et le froid, manipule et brouille les pistes sans arrêt. C’est d’ailleurs ce qui pousse l’adolescent à s’intéresser à Marzia – Esther Garrel – qui devient un substitut temporaire pour assouvir ses pulsions sexuelles.

Cette lente poursuite entre les deux protagonistes est un motif qui est commun aux deux autres pans de ce triptyque. Chez Guadagnino, le désir se poursuit et est nourri et accentué par la chasse. Il s’inscrit dans une temporalité longue car on ne badine pas avec l’amour. Il mérite d’être exploré avec sensibilité et tâtonnement. Comme Emma dans I am love, Elio n’est pas sûr que ses désirs peuvent devenir réalités. Ces journées s’articulent autour de l’être aimé, qui occupe tous les recoins de son esprit. C’est un amour obsessionnel qui n’a pas de limites, comme celui de Harry pour Marianne dans A Bigger Splash.

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Ici encore, le réalisateur porte une attention particulière aux dynamiques familiales et continue d’explorer la vie, les codes et les cadres de la bourgeoise. Dans la nature verdoyante et les paysages intarissables de la campagne lombarde, il fait l’étude d’une autre famille aisée, les Perlman. Il les scrute et les suit avec attention dans un film qui s’apparente à un huis-clos. Si les personnages sont libres de leurs mouvements, c’est leur caste qui les rend prisonniers. Les années 80 étaient une époque où beaucoup d’homosexuels ne vivaient pas ouvertement leur sexualité et encore moins dans les cercles bourgeois. Et ce sont les codes de cette société bien-pensante qui freinent l’union d’Elio et d’Oliver. Mais comme tous les héros de Guadagnino, ceux de Call me by your name sont assoiffés de liberté et caractérisés par leur résilience. L’amour est libérateur et forme l’esprit. Il est aussi un facteur de développement et d’épanouissement. Ainsi, ce n’est pas simplement du passage à l’âge adulte du héros qu’il s’agit mais aussi de sa formation à l’acceptation de lui-même et aux rudiments de l’amour, et à la validation de ses sentiments et de ses désirs.

Luca Guadagnino saisit à merveilles les enjeux et les émotions du premier amour. Il capte, à travers la performance stellaire de Timothée Chalamet, le désarroi du cœur brisé, ainsi que l’ardeur, la sensualité et la naïveté complice de l’amour juvénile. Avec ce film, il clôt avec brio son étude de cas sur l’amour intergénérationnel (à noter qu’il n’a pas encore exploré l’amour sénile). En trois films, il a resserré son sujet jusqu’à en extraire l’essence : la vulnérabilité et l’innocence. L’amour dans ses films est un parfait balancement de ces deux éléments et le jeune Elio est une parfaite incarnation de la fragilité et de la résilience que requiert le jeu de l’amour et du hasard.

Une mention spéciale pour les performances tout en subtilité du couple de rêve joué par Amira Casar et Michael Stuhlbarg. Ils sont un bonheur supplémentaire de ce film dont on  dû mal à se détacher.

Heureusement qu’il y a la bande originale du film, sur laquelle figurent trois chansons sublimes de Sufjan Stevens : Visions of GideonMystery of Love, et une version au piano de Futile Devices

En attendant, le printemps et le retour de l’été, je pense que Call by your name (comme beaucoup de films du réalisateur) va vous donner envie de poser tous vos RTT ASAP pour succomber à une escapade italienne.

 

Photos: Droits réservés / Frensy Film Company/ La Cinéfacture / RT Features / Water’s End Productions

 

 

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