Môme’en Famille: Montessori autrement au Hangart

L’association Montessori, Môme’en famille, a ouvert il y a peu un atelier au sein du restaurant Le Hangart, sur le bassin de la Villette. Le projet singulier de Môme’en famille est de proposer aux familles des activités autour de la pédagogie, inventée par Maria Montessori, doctoresse et pédagogue italienne. Pour en savoir davantage, je suis allée à la rencontre de la fondatrice de l’association, Rosalynn Rougerie.

Après avoir passé plus de 10 ans en tant que Responsable des activités péri et extra-scolaires, à la ville de Paris, et s’être formée à la pédagogie Montessori, Rosalynn Rougerie, a monté sa propre structure autour de cette pédagogie, Môme’en Famille, avec d’autres professionnels de l’enfance et de l’animation.

En effet, depuis à peu près un mois, l’association accueille au Hangart, un restaurant situé Quai de Seine, et partenaire du projet depuis le début, des familles (parents, enfants, etc.) pour apprendre ensemble une approche différente de l’éducation.

Mais avant de monter Môme’en Famille en 2013, Rosalynn Rougerie s’est posée beaucoup de question sur l’éducation, et plus particulièrement sur la sienne :

« Moi j’ai eu une éducation classique, très particulière. Mais pour moi c’était évident en fait depuis que je suis toute petite que ça ne me convenait pas. C’est-à-dire que l’école, le fonctionnement de l’école, les règles, mon rapport avec les adultes, très petite, déjà, ça ne me convenait pas. Je ne m’y retrouvais pas. Je n’aimais pas faire des bisous, dire bonjour. Enfin, il y avait plein de choses comme ça ou je me sentais, même sans savoir le mot, mais je dirai, anti-conventionnelle. Ça ne me plaisait pas. Ma mère aussi nous a un peu initié, je dirai, à ça puisqu’elle, elle avait déjà remis en question l’éducation qu’elle avait eu de ses parents très traditionnels, antillaises, le rapport à la religion et tout ça. Et elle voulait tout balayer d’un coup. Donc nous, on avait déjà grandi là-dedans. Et moi, je me m’y plaisais pas. (…) J’ai fait le conservatoire et c’était extrêmement rigide, très dure, et ça m’a toujours questionné. C’est toujours un fil qui a été présent à l’intérieur. Et donc en fait, je pense que j’étais en quête de ça. ».

Et c’est justement dans cette éducation « rigide » et sa curiosité naturelle qu’elle a puisée sa passion pour l’instruction, pour éventuellement travailler avec des enfants, puis se former à la pédagogie Montessori :

« Et après pour l’éducation, j’étais curieuse, j’étais très curieuse. Je me suis dit qu’il y avait plein d’autres façons de faire. (…) Pour moi, c’était vraiment une évidence parce que ça ne me convenait pas, ça ne résonnait pas, ça n’avait pas de sens, ce n’était pas cohérent, parce que les choses n’étaient pas concrètes.

Enfin, moi, quand j’étais au collège et que je faisais des mathématiques, pour moi ça n’avait aucun sens. Et donc, je me disais qu’il n’y avait pas de raison que ça n’ait pas de sens comme ça, alors que ce sont des choses qui sont censées en avoir. Ça ne me parlait pas.

Et je me suis dit que ce n’était pas que moi. Je pense parce qu’on était plusieurs aussi à ne pas ni accrocher, ni comprendre, ni à avoir envie. Et je me suis dit qu’il n’y a pas de raison. Il y en a bien qui en ont envie, et il y en a qui n’en ont pas envie, et d’autres méthodes, et d’autres façons de faire. ».

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Mais avant de trouver ces « autres méthodes » et « autres façons de faire », Rosalynn Rougerie a longtemps travaillé dans l’animation, en tant qu’animatrice, puis directrice. Mais là encore, ces postes avaient leurs limites et elle a eu besoin de chercher des réponses ailleurs. Pour se faire, elle a repris ses études et poursuivi sa réflexion :

« Et là en fait, j’ai eu envie d’aller plus loin dans la pédagogie. Je trouvais que c’était intéressant l’approche qu’on avait, mais ce n’’était pas assez… profond ! Et donc, j’ai repris mes études. J’ai fait une licence en sciences de l’éducation. Et là, justement, j’ai découvert les pédagogies actives. (…)  Et j’ai réalisé que c’était quand même que des écoles privées, hors contrat. Donc, forcément des écoles qui s’adressent déjà à une certaine catégorie de population. Et je trouvais ça un peu dommage parce que ceux qui en ont le plus besoin, c’est justement les catégories sociaux-professionnelles les moins élevées, qui dès fois, voilà, s’interrogent plus sur l’éducation de leurs enfants, sur comment faire, ou les mamans qui se retrouvent toute seules. »

Et c’est à cette période qu’elle se tourne plus spécifiquement vers la pédagogie Montessori :

« Et quand j’ai découvert la pédagogie de Montessori, je me suis dit que c’était vraiment intéressant, parce qu’il y avait justement une approche à la maison. C’est ce qui pour moi, voilà, a fait un peu la différence. »

Mais c’est sa rencontre avec Yvette Pons, formée par Mario Montessori, et la formation qu’elle suivra à La Source Montessori qui achèveront de la convaincre des bien-fondés et de l’efficacité des préceptes Montessori dans l’éducation, l’épanouissement et le bien-être des enfants :

« Et avant que mon fils arrive, je me suis formée à la pédagogie Montessori. J’ai choisi en fait d’aller dans un organisme qui se trouve dans le Sud de la France. C’est une dame qui forme chez elle les gens… J’ai beaucoup aimé son approche. (…) Et elle avait une pédagogie de l’approche Montessori dans sa globalité. C’est-à-dire avec le rapport à la nature, le rapport à l’environnement, l’éducation à la paix, le rapport aux bonnes manières et à la religion parce qu’elle était pratiquante. »

Et c’est une fois devenue maman qu’elle décidera de se mettre à l’instruction en famille, étape importante de la pédagogie Montessori, avec son fils :

« Et ça m’a beaucoup convaincu et renforcé dans mon envie de faire l’instruction en famille, avec mon fils. Du coup, quand mon fils est arrivé, j’avais envie de faire l’instruction en famille avec lui. Je m’étais dit au moins les trois premières années. ».

Mais cette jeune mère ne voulait pas simplement apprendre cette pédagogie, elle voulait surtout la partager et la transmettre, en créant une structure qui permettrait d’échanger directement avec d’autres parents. Et c’est en 2013 qu’elle va s’allier avec ses amis restaurateurs, Tahar et Sammy, pour créer un concept nouveau :

« Et là, donc je suis revenue voir Sammy et je lui ai expliqué ce que j’avais envie de faire. Et ils ont dit qu’ils étaient partants. »

Trois ans plus tard, début du mois d’octobre, après beaucoup de travail et de travaux, les lieux ouvrent enfin : le restaurant Le Hangart d’un côté, l’atelier Môme’en Famille de l’autre. Ensemble, ces deux structures travaillent main dans la main pour réunir, toucher et sensibiliser les familles, parents et enfants, grands-parents, mais aussi les assistantes maternelles, les baby-sitter, etc., dans un contexte nouveau.

Ainsi, Môme’en Famille est un terrain neutre où ni les enfants, ni les parents, ne sont en compétition les uns avec l’autres, où parents et enfants apprennent ensemble, et où l’enfant montre aux parents et non l’inverse :

« L’idée justement de l’atelier c’est de ne pas montrer aux parents, mais que les enfants montrent aux parents. (…) Et l’idée c’est vraiment d’amener les parents à observer en fait ce qui se passe parce que c’est par l’observation qu’ils vont se rendre compte par eux-mêmes de ce qui se produit en fait chez leurs enfants, alors qu’on oublie en fait de les regarder. »

Et l’association se pose clairement dans une mission d’accompagnement des familles :

« Apposer un regard différent en tout cas sur l’enfant, en apportant, en essayant d’apporter aux parents des visions et des approches un peu moins classiques et un peu moins courantes que ce qu’on a aujourd’hui. Et, peut-être, être un peu moins anxieux du bon développement de leurs enfants, et essayer justement de les amener à comprendre qu’ils le font tout seuls, qu’ils sont capables en fait, parce que l’on mise beaucoup sur nos compétences à nous à être parents qui, certes, sont importantes, mais je pense que réussir à avoir confiance dans les capacités de son enfant, en fait, c’est pour moi la meilleure façon de pouvoir l’accompagner dans son évolution. »

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C’est ainsi que Môme’en Famille propose des ateliers autour de la vie sensorielle et pratique qui sont des compléments par rapport à ce que les enfants peuvent avoir à l’école ou à la crèche :

« Et l’idée, ce n’est pas de refaire l’école. Ici, je présente essentiellement de la vie sensorielle et de la vie pratique pour les tout-petits. Donc vraiment des choses qui pourront leurs servir pour eux à la maison, comme couper les légumes, éplucher, fermer une porte, ouvrir, ouvrir des boîtes, visser, dévisser, des activités vraiment de vie pratique et de vie sensorielle. »

Rosalynn explique ainsi l’organisation des ateliers selon les tranches d’âges :

« Sur les ateliers, en fait pour les tout-petits, jusqu’à 18 mois, et après jusqu’à 3 ans, l’idée c’est d’accueillir les parents, et de prendre le temps un peu de savoir si c’est leur premier, leur deuxième, comment est-ce qu’ils sont, pourquoi est-ce qu’ils viennent justement, quelles sont un petit peu leurs attentes par rapport à l’atelier. Et on leur explique qu’ici, c’est l’endroit où c’est l’enfant qui va vers du matériel, qu’on leur présente, et que c’est un moment où il faut essayer d’observer un peu leurs enfants, et qu’après on pourra discuter de ce qu’on a pu voir justement dans l’environnement. (…) On essaye de ne pas applaudir, de ne pas sur-féliciter quand ils font les choses. On essaye aussi de bannir « le non », et de bannir « le bien ». Il n’y pas d’erreur. Le matériel de Maria Montessori il est autocorrectif. Et l’enfant, il ne fait pas bien ou mal, ou il ne doit pas recommencer ! Ce n’est pas du tout le but.

Après, pour les plus grands, on peut aussi aborder après certaines matières. Moi je leur présente le matériel. Une fois que je leur ai présenté, les enfants peuvent les réutiliser pour les plus grands. (…) Et on les laisse voilà répéter, le réutiliser ou ne pas l’utiliser. On peut voir aussi, parce qu’il y a des progressions avec certains matériels. »

Et les parents ne sont pas en reste puisqu’ils peuvent aussi participer activement à l’atelier, notamment grâce à des travaux pratiques qu’ils peuvent faire à l’atelier ou à la maison :

« Et on propose après aux parents aussi de pouvoir le fabriquer. Et donc de pouvoir venir ici en atelier fabriquer le matériel qui correspond un peu aux périodes sensibles de leurs enfants parce que c’est ce qu’elle décrit Maria Montessori. C’est des périodes en fait dans lesquels les enfants s’intéressent plus ou moins à certaines choses. Et donc on essaye d’accompagner les parents là-dessus. »

Et à termes, Rosalynn Rougerie voudrait étendre les champs d’action de l’association :

« Après, j’aimerai bien proposer un atelier d’accompagnement aux apprentissages pour les enfants qui sont en difficulté sur du calcul, sur de la lecture, sur de l’écriture, et essayer de les accompagner avec du matériel Montessori, pour essayer justement, peut-être, de redonner un aspect un peu plus concret à l’apprentissage, pour leur permettre de retourner aussi vers l’abstraction du cahier. (…) enfin j’aimerai bien pouvoir faire ici des ateliers autour de Faber et Mazlish [NDLR. Adele Faber et Elaine Mazlish], ou de ce genre de méthodes qui sont intéressantes pour la résolution de conflits. »

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Et loin d’être strictement concentrée sur la pédagogie Montessori, la fondatrice de Môme’en Famille insiste sur la pluralité des options et surtout sur la complémentarité de ces approches « bienveillantes » pour arriver à l’épanouissement de l’enfant et des parents :

« Mais il n’y a pas que Montessori. Que ce soit, là je pense à ça parce que je vois un livre de Krishnamurti [ndlr. Jiddu Krishnamurti], que ce soit Platon. Enfin, je veux dire Platon c’était déjà quelque chose qu’il décrivait à l’époque. Il disait : « le savoir est en nous ». Je n’ai pas la prétention de connaître les choses. On apprend en expérimentant, en marchant, en se promenant, en étant dans la cité, en doutant. Et ils ont, tous ces pédagogues, cette approche justement du savoir en fait à l’intérieur de nous, et de l’adulte qui aide juste à le faire sortir, qui créé justement des conditions pour le faire sortir.

Donc, Maria Montessori, j’étais plus touchée parce que ça touchait les plus petits. Mais Maria Montessori, elle n’a pas travaillé sur l’approche vraiment avec les 0-3ans. C’est ses assistants, son fils, enfin d’autres personnes qui ont travaillés sur les 0-3 ans. Mais ça m’a semblé parlant. Mais avec aussi avec du maternage, du portage, avec de l’allaitement, avec voilà avec toutes ces pratiques bienveillantes, avec une approche sur la communication non-violente, enfin tout ça voilà, … ça va bien je dirai avec cette pédagogie. Ça s’allie bien en tout cas avec cette pédagogie, même si c’est très rigide comme pédagogie, contrairement à ce qu’on peut penser.

Enfin, les messages essentiels que Rosalynn Rougerie et son association veulent transmettre concernent l’importance de se faire confiance, et la nécessité de l’échange et de l’entraide entre parents, notamment pour éviter toute culpabilisation inutile :

« (…) les parents oublient de dire que leurs enfants crient, mordent, tapent, griffent, ne veulent pas manger, ne dorment pas. Et quand on les entend parler de leurs enfants, tout va bien… Les gens n’osent pas dire que ça va pas, que c’est difficile, qu’on dort pas… Et des fois, c’est bien aussi voilà d’avoir un espace où on peut dire que ça ne va pas, et que c’est compliqué, que c’est difficile, parce qu’on est pas seul à vivre ça ! (…) Parce qu’il y a vraiment ce truc là de la performance ! Donc on doit être de supers parents, et on doit avoir de supers enfants. Et en fait, on est peut-être juste des parents défectueux, avec des enfants avec qui on essaye de faire au mieux !  (…)

Et puis, il n’y a pas de livre ! Enfin, je veux dire qu’il n’y a pas de livre, pas d’école, il n’y a pas de méthodes ! Tous les enfants sont différents ! Donc oui, tu t’interroges, tu te demandes si tu fais bien, tu culpabilises… Donc oui je pense que le plus important, enfin, vraiment pour moi, c’est de se faire confiance quand même, de s’écouter (…) C’est ça aussi qui est intéressant dans la pédagogie Montessori, on prend confiance en soi, parce qu’on a confiance aussi dans les capacités de son enfant. On est moins…On a moins d’appréhension parce qu’on se dit qu’il est capable. Il est capable sans moi ! »

Pour en savoir plus sur l’association, leurs actions, et le planning des ateliers, vous pouvez visiter leur site internet, et leur page Facebook.

Note : cette interview a été condensée.

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LES CONSEILS DE LECTURE DE ROSALYNN

  • L’Enfant, Maria Montessori
  • « Montessori from the start», Paula Polk (NDLR. Paula Polk Lillard et Lynn Lillard Jessen) : « pour ceux qui lisent en anglais, je conseille plutôt ce livre car c’est vraiment une vraie mine d’or. À l’intérieur, il y a une frise qui est très intéressante, qui retrace le développement psychomoteur de l’enfant. Elle montre en fait le parallèle avec le matériel du Nido et la communauté infantile. »
  • Vivre la pensée Montessori à la maison, Emmanuelle Opezzo
  • 60 activités Montessori pour mon bébé, Marie-Hélène Place : « avec des photos dedans d’Eve Herrmann, qui est une maman qui fait l’instruction en famille avec ses filles, qui utilise la pédagogie Montessori et qui est photographe. »
  • Pages Facebook : « Ce n’est pas toujours forcément ce que je recommande mais il y a des pages qui sont intéressantes. Il y a des pages qui s’appellent « Montessori pour les tout-petits » ou « Montessori à la maison » ou « Le Nido Montessori » qui sont vraiment des groupes d’échanges entre parents. Donc entre parents qui ont déjà fait le Nido ou mis en place des Nido chez eux, à la maison, qui parlent d’aménagement de l’espace, qui parlent de comment est-ce qu’on peut faire. Et c’est un endroit voilà où on peut mettre des photos, où on peut avoir des conseils, enfin c’est intéressant. »

L’ÉQUIPE DERRIÈRE MÔME’ EN FAMILLE

-Samy Beryry : Membre de l’association, il a participé à la réflexion sur le projet.

Gérant du restaurant L’hangar, où se trouve l’espace Môme’ en Famille, il fait le lien entre les responsables de la société et l’association, et communique à travers L’hangar sur le projet mis en place.

-Moureau Lilian : Président de l’association, il est enseignant en Physique-Chimie, et contribue surtout par la fabrication et l’entretien de mobilier et du matériel.

-Eddy Mathe : Animateur bénévole, il fabrique du matériel et du mobilier, anime l’espace jeux pédagogiques, et fait de l’animation sculpture sur ballon pour les événements.

-Marion Maunoury : est une professionnelle, partenaire de l’association. Elle est sophrologue et masseuse Gestalt. Elle animera les ateliers massage bébés.

-Camille Olivier : Animatrice bénévole, elle anime l’espace jeux pédagogiques et propose du maquillage pour les événements.

-Sarah Pailhès : est une professionnelle, partenaire de l’association. Elle est sage-femme et conseille en haptonomie.

-Rosalynn Rougerie : Gérante et animatrice formée notamment à la pédagogie Montessori.

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